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Conservatisme et harmonisme
Conservatisme et harmonisme
Une approche harmoniste du conservatisme — cette tradition qui perçoit le réel sans pouvoir le fonder, défend le bien sans pouvoir le définir, et perd chaque bataille parce qu’elle se bat sur un terrain choisi par ses adversaires. Cet article fait partie des séries «l’Architecture de l’Harmonie» et «Applied l’Harmonisme», qui explorent les traditions intellectuelles occidentales. Voir également : Les fondements, Libéralisme et harmonisme, Communisme et harmonisme.
L’instinct conservateur
Le conservatisme trouve son origine dans une intuition solide : celle selon laquelle les structures héritées renferment une sagesse, que la communauté organique précède la théorie abstraite, et que l’être humain n’est pas une page blanche que chaque génération peut redessiner selon l’idéologie de son choix. Edmund Burke, en réaction à la Révolution française, a formulé cette idée fondatrice : une civilisation n’est pas un contrat entre les vivants, renégociable à volonté — c’est un partenariat entre les morts, les vivants et ceux qui ne sont pas encore nés. Ce que les générations précédentes ont construit, testé et transmis recèle une forme de savoir inaccessible à la raison seule d’une seule génération. Les « préjugés » d’une civilisation — ses habitudes, ses coutumes, ses instincts moraux, ses hiérarchies, ses rituels — ne sont pas des résidus irrationnels que le rationalisme des Lumières doit balayer. Ils constituent une intelligence condensée : les résultats accumulés d’innombrables expériences de vie, de survie et de maintien de l’ordre social à travers les siècles. Les détruire sur la base de principes abstraits revient à privilégier une théorie non éprouvée plutôt qu’une pratique éprouvée — et la Révolution française, avec sa progression de la liberté à la terreur en moins de cinq ans, en a fourni la confirmation empirique. L’l’Harmonisme reconnaît que cet instinct est correct dans son orientation mais incomplet dans son fondement. Les traditions codifient bel et bien la sagesse. La famille est l’unité sociale fondamentale. La hiérarchie est naturelle — le Logos s’exprime par la différenciation, et non par une égalité indifférenciée. Le sacré est réel, et non une fiction utile qui stabilise l’ordre social. La connaissance morale est cumulative à travers les générations. Chacune de ces intuitions conservatrices correspond à quelque chose que l’harmonisme considère comme une vérité ontologique. La convergence n’est pas accidentelle — le conservatisme est l’instinct politique de personnes qui perçoivent l’ordre réel des choses sans posséder l’architecture philosophique nécessaire pour l’articuler.
Le problème réside précisément là : percevoir sans articuler. L’intuition sans ontologie. Et une intuition qui ne peut se fonder philosophiquement ne peut se défendre lorsqu’elle est remise en cause par un système qui en est capable.
Le fondement manquant
Pourquoi le conservatisme perd-il ? Pas occasionnellement, pas sur telle ou telle question, mais structurellement — de telle sorte que la position conservatrice d’une décennie donnée est la position progressiste de deux décennies auparavant, le paysage tout entier dérivant vers la gauche dans un mouvement de cliquet que le conservatisme peut ralentir mais jamais inverser ?
La réponse est métaphysique, et Patrick Deneen — dans Why Liberalism Failed (2018) — a identifié le mécanisme structurel : ce qui passe pour du conservatisme dans l’Occident moderne n’est pas une tradition philosophique indépendante. C’est l’aile droite du libéralisme. Les factions « conservatrices » et « progressistes » opèrent toutes deux dans le cadre libéral — l’individu autonome comme unité politique fondamentale, les droits comme langage politique principal, le marché et l’État comme les deux institutions légitimes, le progrès comme direction supposée de l’histoire. Le conservateur souhaite simplement avancer plus lentement, préserver certaines formes héritées un peu plus longtemps et modérer le rythme de la dissolution. Ce n’est pas une philosophie rivale. C’est le libéralisme muni d’un frein.
La conséquence est que le conservatisme accepte les prémisses de son adversaire, puis tente de résister à ses conclusions. Il accepte l’individu souverain, mais souhaite que cet individu choisisse les valeurs traditionnelles. Il accepte le libre marché, mais espère que les forces du marché soutiendront les familles et les communautés. Il accepte la séparation de l’Église et de l’État, mais souhaite que les gens continuent d’aller à l’église. Il accepte l’anthropologie libérale — l’être humain en tant qu’agent doté de droits, capable de faire des choix et de satisfaire ses préférences — puis déplore que cet agent, doté d’une liberté totale, ne choisisse pas ce que la tradition prescrit. Ce regret est structurellement vain. Si l’on définit l’être humain comme un choix autonome et que l’on construit ensuite tout un ordre politique et économique optimisé pour maximiser le choix, on ne peut pas s’étonner ensuite que les gens choisissent la nouveauté plutôt que la tradition, le confort plutôt que la discipline, et la satisfaction individuelle plutôt que l’obligation familiale. C’est l’anthropologie qui engendre ce résultat. Le conservatisme a accepté cette anthropologie, puis a passé deux siècles à protester contre le résultat.
Alasdair MacIntyre a mis en évidence la couche plus profonde dans After Virtue (1981). Le vocabulaire moral moderne — droits, utilité, autonomie, justice — est un ensemble de fragments hérités d’un cadre téléologique qui a été abandonné. L’éthique d’Aristote avait un sens parce qu’elle s’inscrivait dans une vision de la nature humaine qui précisait à quoi servaient les êtres humains — ce qui constituait leur épanouissement, leur telos. Une fois le cadre téléologique écarté — par le nominalisme, par le mécanisme, par le rejet des essences par les Lumières —, le vocabulaire moral a perdu son ancrage. Les débats moraux modernes sont interminables non pas parce que les participants sont stupides, mais parce qu’ils utilisent des mots qui ne renvoient plus à aucune conception commune de ce qu’est l’être humain et de ce à quoi il sert. Le conservatisme participe à ces débats interminables sans se rendre compte que le terrain sur lequel ils pourraient être résolus — une ontologie commune de la nature humaine — est précisément ce que la modernité a détruit et que le conservatisme n’a pas réussi à reconstruire.
Russell Kirk — dans The Conservative Mind (1953) — a pressenti le besoin d’un fondement transcendant. Ses « choses permanentes » — l’ordre moral durable, la continuité des coutumes et des conventions, le principe de prescription, la reconnaissance que le changement doit être organique plutôt que révolutionnaire — renvoient à un fondement ontologique. Mais Kirk ne pouvait pas fournir la métaphysique. Il pouvait faire appel aux « choses permanentes » en tant qu’expression ; il ne pouvait pas construire l’architecture qui démontre pourquoi elles sont permanentes, quelle structure de la réalité elles reflètent, quelle ontologie de l’être humain les rend contraignantes plutôt que simplement coutumières. Le geste vers la transcendance est resté un geste — sincère, éloquent, philosophiquement incomplet.
Roger Scruton — le penseur conservateur le plus sophistiqué sur le plan philosophique de la fin du XXe siècle — est celui qui s’est le plus rapproché de la réalité. Son concept d’oikophilie — l’amour du foyer, l’attachement au particulier, au local, à l’hérité — était une tentative d’articuler ce que le conservatisme défend en termes philosophiques plutôt que purement politiques. Son travail sur la beauté, l’espace sacré et la phénoménologie de la communauté allait plus loin que n’importe quel conservatisme purement politique. Mais même le fondement de Scruton était en fin de compte esthétique et phénoménologique plutôt qu’ontologique. Il pouvait décrire l’expérience du sacré — la manière dont une église, un paysage, une tradition musicale ouvre une dimension de sens que la modernité utilitariste ne peut fournir — sans pouvoir affirmer que le sacré est réel au sens où l’affirme le Réalisme harmonique. Son conservatisme restait un appel à la profondeur de l’expérience humaine plutôt qu’une affirmation sur la structure de la réalité. Et un appel à l’expérience, aussi éloquent soit-il, ne peut résister à la déconstruction systématique de l’expérience que le poststructuralisme et ses successeurs institutionnels ont érigée en posture intellectuelle par défaut de l’académie moderne.
La position d’arrière-garde
La conséquence structurelle de l’absence de fondement métaphysique est que le conservatisme mène chaque combat comme une action d’arrière-garde — battant en retraite, contestant le rythme de la retraite, obtenant parfois un répit temporaire, mais sans jamais établir de position à partir de laquelle il puisse dire « voici le terrain, et c’est ici que nous nous tenons ».
La fenêtre d’Overton évolue parce qu’un des camps du débat dispose d’un moteur génératif — l’engagement libéral-progressiste à étendre l’autonomie individuelle, à dissoudre les contraintes héritées et à traiter chaque frontière traditionnelle comme une injustice potentielle — tandis que l’autre camp n’a que de la résistance. Une résistance sans contre-principe génératif est structurellement vouée à l’échec. On ne peut pas défendre une position qu’on ne peut pas justifier ; on ne peut pas justifier une position sans expliquer pourquoi elle est vraie ; et on ne peut pas expliquer la vérité sans métaphysique. Le conservatisme perd la guerre culturelle depuis un siècle parce qu’il s’est lancé dans cette guerre sans philosophie.
Ce schéma est visible sur tous les fronts. Concernant la famille : le conservatisme a défendu le mariage traditionnel en faisant appel à la tradition, aux coutumes et à l’autorité religieuse. Lorsque ces autorités ont perdu leur emprise culturelle — comme elles le devaient inévitablement une fois le fondement métaphysique supprimé —, la défense s’est effondrée. Une défense fondée sur « c’est comme ça depuis toujours » ne peut résister à « pourquoi devrions-nous nous soucier de la façon dont cela a toujours été ? ». Seule une défense fondée sur « c’est ainsi que la réalité est structurée » peut tenir. En matière de sexualité : le conservatisme a défendu les normes sexuelles en invoquant les Écritures, les conventions et le sentiment inarticulé que ces normes reflétaient quelque chose de réel. Le poststructuralisme a dissous cette prétention à la réalité, et les normes se sont effondrées. Concernant l’éducation : le conservatisme a défendu le canon occidental en affirmant que les grandes œuvres représentent « le meilleur de ce qui a été pensé et dit » — selon la formule de Matthew Arnold — sans être capable d’expliquer pourquoi elles sont les meilleures, quelle conception de l’être humain rend leur profondeur reconnaissable, quelle ontologie sous-tend l’affirmation selon laquelle Shakespeare voit plus loin que le dernier programme scolaire axé sur la diversité. Dans tous les cas, la position conservatrice était correcte sur le fond et indéfendable sur la forme — juste quant à ce qu’elle cherchait à protéger, mais incapable d’expliquer pourquoi cette protection importait.
Les penseurs conservateurs les plus avertis ont reconnu ce schéma. Deneen soutient que ce qu’il faut, ce n’est pas un libéralisme réformé, mais une philosophie politique véritablement post-libérale — fondée sur une anthropologie entièrement différente. MacIntyre a conclu After Virtue par un appel à « un autre — sans doute très différent — saint Benoît » : une figure qui construirait de nouvelles formes de communauté au sein desquelles la vie morale pourrait être préservée à travers l’âge sombre à venir. Ces deux diagnostics pointent dans la même direction : le problème n’est pas un conservatisme insuffisant, mais un fondement insuffisant. Le remède n’est pas de conserver avec plus de force, mais de construire sur des fondations retrouvées.
Ce que voyaient les traditionalistes
L’école traditionaliste — René Guénon, Julius Evola, Frithjof Schuon, Ananda Coomaraswamy — est souvent confondue avec le conservatisme, mais appartient à un registre tout à fait différent. Les traditionalistes n’étaient pas des conservateurs. Ils considéraient le conservatisme comme un symptôme mineur de la même maladie qu’il prétendait combattre — un phénomène moderne, né au sein de la modernité, incapable de voir la modernité de l’extérieur.
Le diagnostic de Guénon était sans appel : le monde moderne représente un déclin spirituel — la phase terminale d’un cycle cosmique que la tradition hindoue nomme le Kali Yuga, l’âge sombre du matérialisme croissant, de la fragmentation et de la perte de contact avec le principe transcendant. Le problème n’est pas que certaines traditions se soient érodées ou que certaines institutions se soient affaiblies. Le problème est qu’une civilisation entière a rompu son lien avec l’ordre métaphysique qui fonde toutes les traditions, toutes les institutions, toute autorité légitime. Le conservatisme, selon l’analyse de Guénon, tente de préserver les effets en aval d’un lien qu’il ne possède plus — en maintenant les formes de la tradition après que la substance s’est évanouie. C’est, selon son image, comme essayer de préserver un cadavre en le gardant vêtu de ses plus beaux habits.
Evola a approfondi l’analyse civilisationnelle. Son La Révolte contre le monde moderne (1934) retrace la dissolution de la royauté sacrée à travers l’aristocratie, la démocratie et la société de masse — une descente de l’autorité spirituelle vers la noblesse guerrière, puis vers la domination marchande, jusqu’au règne de la masse indifférenciée. Chaque étape représente un éloignement supplémentaire du principe transcendant, un aplatissement supplémentaire de la hiérarchie, une substitution supplémentaire de la quantité à la qualité. Le « conservateur » moderne qui défend la démocratie libérale contre une dissolution plus poussée défend l’avant-dernière étape du déclin contre l’étape ultime — une position dépourvue de dignité philosophique et de viabilité stratégique.
Schuon a apporté la thèse de la convergence que l’Harmonisme partage en principe : la philosophia perennis, l’affirmation selon laquelle les traditions spirituelles authentiques du monde représentent différentes expressions formelles d’une seule vérité transcendante. Il ne s’agit pas de relativisme — c’est l’affirmation que la réalité a une structure, que de multiples traditions ont cartographié cette structure avec précision à partir de différents points de vue, et que les convergences entre leurs cartes constituent la preuve de la réalité de ce qu’elles cartographient. La convergence des Cinq cartographies est l’articulation par l’harmonisme de cette même intuition structurelle, appliquée spécifiquement à l’anatomie de l’âme.
l’Harmonisme partage davantage le diagnostic des traditionalistes qu’une quelconque position conservatrice. La crise moderne est métaphysique, et non politique. La dissolution des formes traditionnelles découle de la perte du principe qui les animait. Aucun programme politique — conservateur, libéral ou autre — ne peut remédier à un déficit métaphysique. Le remède agit au niveau de la cause, ou il n’agit pas du tout.
C’est au niveau des prescriptions que l’harmonisme se distingue de l’école traditionaliste. La solution de Guénon était personnelle : suivre une initiation au sein d’une forme traditionnelle authentique (il a choisi l’islam). Celle d’Evola était un retrait aristocratique : « chevaucher le tigre » — maintenir la souveraineté intérieure pendant que le cycle s’achève, sans espérer inverser le déclin. Celle de Schuon était ésotérique : les quelques élus qui reconnaissent la philosophia perennis forment une aristocratie spirituelle invisible à travers les traditions. Aucune de ces prescriptions ne construit. Aucune ne crée de nouvelles formes institutionnelles adaptées au moment civilisationnel actuel. Aucune ne fournit d’architecture — une structure pratique indiquant comment les familles, les communautés, les systèmes éducatifs, la gouvernance et les économies devraient être organisés en accord avec le principe retrouvé. Ils diagnostiquent avec une profondeur extraordinaire et prescrivent avec une extrême superficialité.
L’harmonisme pose un diagnostic avec la même profondeur, puis construit. L’l’Architecture de l’Harmonie est la réponse constructive que les traditionalistes n’ont pas su apporter : une architecture civilisationnelle complète dérivée des principes premiers — le Logos s’exprimant à travers le Dharma dans tous les domaines de la vie collective — avec la spécificité structurelle requise pour guider de véritables institutions, de véritables communautés, de véritables pratiques éducatives. La Roue n’est pas un appel nostalgique aux formes prémodernes. C’est une construction tournée vers l’avenir sur un terrain métaphysique retrouvé.
Les véritables atouts du conservatisme
La correction ne consiste pas à rejeter le conservatisme, mais à sauver ses véritables atouts d’un cadre philosophique incapable des soutenir. Que défend le conservatisme à juste titre ?
La famille en tant qu’unité fondamentale. Le partenariat entre les morts, les vivants et les enfants à naître dont parle Burke n’est pas une métaphore. La famille est une formation ontologique — la polarité générative du masculin et du féminin produisant le champ d’où émergent une nouvelle vie, un nouveau caractère et une nouvelle culture. le Réalisme sexuel fonde ce que le conservatisme se contente d’affirmer : la famille importe parce qu’elle reflète la complémentarité cosmique des principes masculin et féminin, et non parce que la tradition la favorise par hasard. La défense harmoniste de la famille ne repose pas sur la coutume ou les Écritures — elle repose sur la structure de la réalité (voir Féminisme et harmonisme).
La sagesse des structures héritées. Le conservatisme a raison de dire que les traditions codifient une intelligence condensée. Une pratique qui a persisté à travers les siècles et les civilisations — le jeûne, la gouvernance hiérarchique, les rites de passage liés au genre, le respect des morts, la place centrale du sacré dans la vie publique — a un poids probatoire précisément parce qu’elle a survécu au filtre du temps. L’épistémologie harmoniste le dit explicitement : la convergence entre des traditions indépendantes constitue une forme de preuve de la réalité de ce que ces traditions décrivent. L’Épistémologie harmonique fournit le cadre permettant d’expliquer pourquoi la connaissance traditionnelle cumulative est une véritable source épistémique — non infaillible, non à l’abri de la critique, mais méritant la présomption que Burke exigeait pour elle et que la modernité nie systématiquement.
La réalité de la hiérarchie. Le conservatisme défend la hiérarchie contre la dissolution égalitaire, mais peine à expliquer pourquoi la hiérarchie est naturelle sans faire appel à la force brute ou au commandement divin. L’harmonisme peut l’expliquer : le Logos s’exprime à travers la différenciation. Le cosmos n’est pas plat — il est ordonné, stratifié, structuré à partir de l’Absolu à travers des dimensions de manifestation croissante. Les sociétés humaines produisent naturellement des hiérarchies car les êtres humains qui les composent diffèrent véritablement en termes de capacités, de sagesse, de vertu et de niveau de développement. Une civilisation alignée sur le Dharma serait hiérarchique — organisée selon le mérite, la maturité spirituelle et la capacité démontrée à assumer des responsabilités — tandis que la civilisation libérale-égalitaire aplatit systématiquement la hiérarchie et se demande ensuite pourquoi la médiocrité règne et la compétence se retire.
L’irréductibilité du sacré. Le conservatisme a toujours défendu le sacré contre le sécularisme — le sentiment qu’il existe une dimension de la réalité qui transcende l’utilité, que certains espaces, pratiques et relations participent à quelque chose de plus grand que leur fonction matérielle. Scruton a articulé cela avec le plus grand soin dans sa phénoménologie du sacré. le Réalisme harmonique transforme l’observation phénoménologique en une affirmation ontologique : le sacré n’est pas une expérience subjective projetée sur un monde dénué de sens. C’est l’appréhension directe du Logos — la réalité vécue dans sa profondeur plutôt que seulement à sa surface. Le sacré est réel, et l’instinct conservateur du protéger est un instinct ontologique, que le conservateur puisse ou non l’articuler comme tel.
La souveraineté du particulier. Contre la tendance à l’universalisation de l’abstraction libérale — qui ne voit que des individus jouissant de droits génériques —, le conservatisme défend le particulier : cette terre, ce peuple, cette tradition, cette langue, ce mode de vie. L’harmonisme soutient que c’est dans le particulier que le Logos s’incarne. L’universel n’existe pas dans l’abstraction — il existe dans et à travers des expressions particulières. Une famille, un village, une nation, une culture : chacun est un mode spécifique d’Logos prenant forme. L’Architecture de l’Harmonie ne prescrit pas un ordre mondial uniforme — elle fournit un cadre structurel au sein duquel chaque peuple peut organiser sa vie collective selon son propre génie civilisationnel, précisément parce que l’architecture 7+1 est suffisamment universelle pour accueillir toute expression culturelle authentique.
Construire vers l’avenir, et non conserver le passé
La position harmoniste peut être énoncée avec précision : le conservatisme a raison sur ce qu’il faut défendre et tort sur comment le défendre. Les biens conservateurs — la famille, la hiérarchie, le sacré, la sagesse de la tradition, la souveraineté du particulier — sont des biens réels. Ils correspondent à des caractéristiques authentiques de la réalité que l’harmonisme peut articuler ontologiquement, et non pas simplement affirmer culturellement. Mais la défense ne peut prendre la forme d’une conservation — d’une tentative de maintenir en place des formes héritées face à la pression dissolvante d’une civilisation qui a perdu son fondement métaphysique.
La raison est structurelle : on ne peut pas conserver ce qu’on ne peut pas fonder. Une forme qui a perdu son principe animateur n’est qu’une coquille vide. Tenter de préserver cette coquille n’est pas de la fidélité à la tradition — c’est de l’embaumement. Le conservateur qui défend la fréquentation de l’église sans être capable d’articuler pourquoi le sacré est réel, qui défend la famille sans une ontologie de la polarité sexuelle, qui défend le canon occidental sans une anthropologie philosophique expliquant ce qui donne toute sa profondeur à Shakespeare — ce conservateur maintient des formes dont la substance s’est évanouie. L’effort est sincère et structurellement vain.
L’harmonisme ne conserve pas. Il construit vers l’avant sur un terrain retrouvé. La distinction est essentielle. Conserver, c’est regarder en arrière — c’est s’accrocher à ce qui reste d’un héritage en train de se dissoudre. Construire vers l’avant, c’est retrouver le principe qui animait cet héritage et construire de nouvelles formes adaptées au moment civilisationnel actuel. La Roue de l’Harmonie n’est pas une restauration des arrangements d’une civilisation passée. C’est une nouvelle architecture — issue du témoignage convergent de cinq traditions indépendantes, articulée dans un langage philosophique adapté à l’époque actuelle, conçue pour être mise en œuvre dans les familles, les communautés et les institutions qui existent aujourd’hui, et non dans un passé idéalisé.
C’est pourquoi l’harmonisme aborde ce que le conservatisme ne peut pas aborder : la question de ce qu’il faut construire. Le conservatisme peut dire « la famille est importante », mais il ne peut pas construire l’architecture éducative (L’avenir de l’éducation) qui formerait des hommes et des femmes capables de soutenir des familles. Il peut affirmer que « la hiérarchie est naturelle », mais ne peut concevoir la structure de gouvernance (Gouvernance) qui distingue l’autorité légitime du pouvoir arbitraire. Il peut affirmer que « le sacré est réel », mais ne peut fournir le chemin de pratique (la Roue de la Présence) par lequel les individus retrouvent un contact direct avec la dimension sacrée de la réalité. Il peut affirmer que « la tradition porte la sagesse », mais ne peut construire le système de connaissances (la roue de l’apprentissage) qui transmet cette sagesse sous des formes accessibles à la génération suivante.
Les traditionalistes avaient raison de dire que le problème est métaphysique. Les conservateurs avaient raison de dire que les biens sont réels. Aucun des deux n’a su construire. L’harmonisme construit — non pas en retour vers un âge d’or qui n’a peut-être jamais existé, mais en avant vers une civilisation alignée sur le Logos : l’Architecture de l’Harmonie, La voie de l’harmonie, la construction intégrale dans laquelle chaque bien authentique que le conservateur a justement perçu trouve son fondement, sa justification et sa forme institutionnelle vivante.
La question n’est pas « que devons-nous conserver ? ». Cette question accepte la perte comme point de départ et négocie le rythme de la dissolution. La question est « que devons-nous construire ? » — et l’harmonisme a une réponse.
Voir aussi : Les fondements, La fracture occidentale, L’inversion des valeurs, Libéralisme et harmonisme, Communisme et harmonisme, Existentialisme et harmonisme, Poststructuralisme et harmonisme, Matérialisme et harmonisme, Féminisme et harmonisme, Nationalisme et harmonisme, La révolution sexuelle et l’harmonisme, L’architecture financière, Gouvernance, l’Architecture de l’Harmonie, Épistémologie harmonique, le Paysage des ismes, L’être humain, l’Harmonisme, Logos, Dharma, Harmonisme appliqué