https://harmonism.io/fr/philosophy/doctrine/harmonic-epistemology
Faisant partie de la philosophie fondatrice de l’Harmonisme (Harmonism). Voir aussi : le Réalisme harmonique (Harmonic Realism), le Cosmos (The Cosmos), l’Être humain.
La réalité possède plus de dimensions qu’aucun instrument unique ne peut atteindre. Une connaissance à la hauteur de cette réalité ne peut être une connaissance unique. Le Réalisme harmonique exige une épistémologie harmonique — un spectre de modes de connaissance correspondant aux gradations de la conscience et de la réalité qu’il cherche à saisir, chaque mode faisant autorité dans son domaine propre.
La séparation post-Renaissance de la science et de la spiritualité en Occident a produit une division ferme entre l’Empirisme objectif (Objective Empiricism) et la connaissance intérieure. Une fusion officieuse du matérialisme et de la science a produit un système de croyances dogmatique parfois appelé scientisme, qui repose sur le postulat — conscient ou inconscient — que la réalité matérielle est la seule réalité, et que tous les autres phénomènes (émotionnels, mentaux, spirituels) sont des sous-produits évolutifs de la matière et du système nerveux. À l’extrémité opposée, de nombreux systèmes spirituels soutiennent que l’esprit est exclusivement réel et que la matière est entièrement illusion. Les deux positions sont partielles. La philosophie intégrale affirme que la matière et l’esprit sont également réels et qu’il existe de multiples modes de connaissance correspondant aux multiples dimensions de la réalité.
L’Harmonisme reconnaît un spectre de modes de connaissance allant du plus externe et matériel au plus interne et spirituel. Il ne s’agit pas d’une hiérarchie où un mode serait « meilleur » qu’un autre, mais d’un gradient où chaque mode fait autorité dans son domaine propre :
« La connaissance à laquelle nous devons parvenir n’est pas la vérité de l’intellect ; ce n’est pas la juste croyance, les opinions justes, les informations correctes sur soi-même et sur les choses. La pensée indienne ancienne entendait par connaissance une conscience qui possède la Vérité suprême dans une perception directe et dans l’auto-expérience : devenir, être le Plus Haut que nous connaissons est le signe que nous possédons réellement la connaissance. » — Sri Aurobindo, The Synthesis of Yoga
Ce gradient est inclusif : il ne rejette aucun mode valide de connaissance, mais situe chacun au sein du spectre plus large. La tradition védique distinguait entre vidyā (connaissance de l’Un) et avidyā (connaissance de la multiplicité, c’est-à-dire la science), et affirmait que les deux sont nécessaires à une compréhension complète de la réalité. L’Harmonisme adopte la même position.
Plusieurs principes régissent l’approche harmoniste de la connaissance :
La science et la spiritualité sont complémentaires, et non opposées — toutes deux révèlent des couches distinctes de la réalité. La science fait autorité pour les dimensions matérielles ; la pratique contemplative fait autorité pour les dimensions spirituelles. Ni l’une ni l’autre ne peut se substituer à l’autre, et ni l’une ni l’autre ne peut réfuter l’autre dans son domaine propre. La conscience, dans l’Harmonisme, est comprise dans le sens védique plus large — non pas simplement la conscience mentale, mais quelque chose de pervasif à travers l’existence, se manifestant en gradations infinies, depuis la forme dormante et obscure dans la matière inorganique jusqu’à la conscience la plus lumineuse, le mental ordinaire se situant quelque part au milieu de ce vaste spectre.
Quant à l’éthique : elle est guidée à la fois par des principes philosophiques et par des principes matériels-physiques — les lois physiques naturelles, que nous apprenons à connaître empiriquement, éclairent la juste manière de vivre. Nous savons, par exemple, que le sommeil est un besoin physiologique essentiel, que nous avons besoin d’air pour respirer, que nous devons soutenir la vie. Il ne s’agit pas d’opinions, mais d’expressions du Logos — l’ordre cosmique connu dans la tradition védique sous le nom de Ṛta — au niveau biologique.
Telle est la position épistémologique qui sous-tend l’ensemble de l’Harmonisme. La vérité est multidimensionnelle ; la connaître exige toutes les facultés dont dispose l’être humain — sensorielles, rationnelles, contemplatives, mystiques. L’Harmonisme ne prétend pas à la certitude là où elle n’est pas disponible. Il avance quelque chose de plus modeste et de plus conséquent : que la réalité possède une structure, que cette structure est connaissable par les facultés qui lui sont adéquates, et que l’être humain qui refuse d’engager l’une de ces facultés est coupé d’une dimension du réel.
Voir aussi : le Discernement (la faculté opérationnelle à travers les modes de connaissance que cet article cartographie), le Réalisme harmonique, le Cosmos, l’Être humain, Les Cinq Cartographies de l’Âme, l’État d’être, La Crise épistémologique, l’Harmonisme appliqué, l’Harmonisme